Mecico

La professionnalisation des acteurs des Circuits Courts

Développer un nouveau circuit de commercialisation demande à l’agriculteur des compétences spécifiques, à la fois techniques, mais aussi organisationnelles ou relationnelles. Mais au-delà de ces nouvelles compétences, c’est bien le métier d’agriculteur qui est remis en question.

 

Circuits Courts : de nouvelles compétences pour les agriculteurs

Une compétence c’est quoi ?

Selon l’AFNOR, une compétence est une capacité reconnue et validée à mobiliser et à combiner des ressources (savoirs, savoir-faire, comportements) pour répondre de façon pertinente à une situation professionnelle. Elle est le produit par lequel une personne réalise régulièrement une performance adaptée au contexte.

 

Selon l’approche de la didactique professionnelle, la compétence s’exprime dans des situations professionnelles (situations de travail) complexes. Elle se caractérise par son opérationnalité (son caractère finalisé), sa contextualité, son caractère composite (la combinaison de ressources pertinentes pour faire face à des situations complexes). Ce sont donc les situations professionnelles qui font l’objet d’investigation pour définir des compétences « situées ».

 

Un agriculteur souhaitant vendre sa production en Circuits Courts, doit nécessairement développer de nouvelles compétences :

 

  • Des compétences techniques et organisationnelles : la conduite des cultures ou des élevages est adaptée afin de fournir des produits conformes à l’attente des consommateurs. Cela nécessite donc une organisation du travail entre les différents ateliers mais aussi entre les activités de production, celles de vente et éventuellement celles de transformation. Ces compétences techniques varient en fonction des productions et des types de Circuits Courts (vente à la ferme, AMAP, vente sur les marchés…).
  • Des compétences stratégiques et commerciales sont nécessaires : par exemple, la fixation des prix, le placement des produits sur le marché, l’organisation des points de ventes…  Ces compétences doivent permettre d’aboutir à la viabilité économique de l’exploitation.
  • Des compétences relationnelles qui sont d’autant plus importantes que l’agriculteur en Circuits Courts se trouve en lien direct avec ses clients, ses prestataires et bien d’autres acteurs pour mener à bien son projet.

 

D’un point de vue purement technique, ce qui caractérise le plus le travail de l’agriculteur en Circuits Courts est bien la diversification et l’imbrication des nombreuses tâches et donc la complexification de l’organisation même de ce travail. Dès lors, une approche globale est nécessaire pour aborder la question de la formation et de l’accompagnement sur ces nouvelles compétences.

 

Grâce à un travail d’enquête auprès d’agriculteurs en circuits courts, le projet MECICO a permis d’établir un recueil de fiches « compétences-expériences »  renseignant les principaux savoirs et savoir-faire d’un champ de compétences donné. Ces fiches sont contextualisées et ne résultent pas d’une volonté de normaliser le métier d’agriculteur en Circuits Courts. Elles doivent donc être utilisées à titre d’illustration destinée à un accompagnement de terrain plutôt qu’à un conseil prescriptif.

 

Interroger le métier d’agriculteur

La complexité de l’agencement des tâches, la diversification des productions et des travaux… amène le métier d’agriculteur en circuits courts à différer du métier d’agriculteur en circuits longs. La mise en place de filières longues a reposé sur la segmentation des produits donc des activités de production, conduisant à la spécialisation pour répondre aux besoins de filières. L’approche du travail de l’agriculteur en circuits longs peut donc se faire plus simplement par techniques séparées les unes des autres du fait de la spécialisation et de la normalisation des activités de production. Ce qui n’est plus vrai lorsque l’on aborde le travail en circuits courts car la nature des tâches s’est diversifiée, complexifiée…

 

Le métier ne se résume donc pas à ces aspects purement techniques et prescriptifs. Ce qui constitue le métier recoupe aussi d’autres dimensions.

 

Les circuits courts réinterrogent le métier d’agriculteur – Dominique Paturel. INRA SAD. UMR Innovation

 

 

Pour plus de précisions, voir l’article de Dominique Paturel (INRA ; UMR Innovation) et Goulven Le Bahers (FNCIVAM) publié dans Transrural Initiatives.

 

 

Selon l’ergonomie de langue française et notamment les travaux d’Y. Clot, quatre dimensions sont entremêlées :

 

  • Une dimension personnelle, propre à l’individu, à son projet, à la subjectivité qu’il met dans l’exercice de son métier.
  • Une dimension interpersonnelle, représentant les liens intersubjectifs entre l’agriculteur et les individus qui l’entourent (aussi bien les autres agriculteurs que les consommateurs et les autres acteurs du territoire).
  • Une dimension transpersonnelle qui dépasse l’individu et son activité. C’est ce que l’on pourrait appeler la « mémoire du métier ». C’est à dire la construction collective, dans le temps, d’une représentation plus ou moins symbolique et plus ou moins partagée de ce métier. Ainsi, depuis la fin de la seconde guerre mondiale, l’agriculteur est passé de paysan à producteur puis à agromanager selon certaines représentations dans la profession. Dans cette conception majoritaire, l’agriculteur est toujours producteur avant d’être vendeur.
  • Une dimension impersonnelle. Il s’agit-là de l’ensemble de caractéristiques techniques séparables et décontextualisées. C’est l’aspect descriptif et prescriptif des savoirs, savoir-faire et compétences du métier. Il s’agit de la dimension la plus travaillée dans le domaine de la formation et du conseil.

 

La question du métier et de la formation des agriculteurs aux circuits courts nécessite donc la prise en compte de l’ensemble de ces éléments. Si les aspects techniques doivent être apportés dans une formation, ils ne sont pas suffisants. Il est aussi nécessaire de prendre en compte le projet de l’agriculteur, son environnement… Cette diversification et complexification des tâches ainsi que la nécessité de prendre en compte les différentes dimensions du métier, interrogent également les modalités d’intervention des animateurs auprès des agriculteurs, ainsi que la façon dont ils construisent leurs formations.